dimanche 24 janvier 2016

Le retour...

Photo prise durant la 1ère mission de Pierre
Nous sommes donc partis de DDU mercredi 20 janvier, un peu plus tôt que
prévu, tout le monde était prêt. 


Nous avons d'abord passé quelques heures entre icebergs et pack à rechercher un mouillage océanographique perdu, mais sans succès. Le temps était très calme, le soleil radieux, c'était une dernière soirée idéale pour dire adieu à l'Antarctique. 

Les groupes de baleines étaient nombreux (petit rorqual) et au détour d'une plaque de pack, j'ai enfin pu apercevoir mon premier phoque léopard, un des redoutables prédateurs de ces eaux glaciales. 

Le lendemain matin, alors qu'au loin s'éloignaient les derniers icebergs, nous avons eu la chance de croiser plusieurs groupes de baleines à bosses. Jeudi soir et vendredi, la mer était nettement plus formée et le vent soufflait assez fort. 

Hier matin, nous avons eu la surprise de voir encore un énorme iceberg (1 km de long, au moins ?), dérivant vers l'est. Ils sont assez rares si loin de l'Antarctique. Mais nous avons ensuite vu sur une dépêche que la Nouvelle Zélande se préparait à voir arriver un autre gros iceberg au large de ses côtes. Ils sont donc plusieurs géants à se balader ainsi vers des eaux qui les verrons fondre inexorablement. Il semblerait qu'ils viennent de la mer
de Ross.


Aujourd'hui, la mer était assez calme, et il n'y avait rien d'autre à observer que quelques majestueux albatros et des bandes de puffins. Nous devrions avoir encore 2 jours de mer avant d'arriver lundi 25 au soir ou le matin du mardi 26.
Pierre

jeudi 21 janvier 2016

De bons gros bébés...

La dernière fois que je vous ai parlé des manchots c'était juste à la naissance des Adélie, ils étaient tout petits, tout mignons... Ca me parait être un passé très lointain tellement le temps passe vite ici. Ces jours-ci, la lumière commence à décliner en milieu de nuit et même s'il n'y a pas de vraie nuit, les lumières changent, le soir.
La débacle continue, il a fait très beau, avec des températures souvent positives dans la journée. La banquise fond à vue d'oeil. C'est pratique pour se reposer !


Aujourd'hui, les Adélie sont les seuls manchots sur l'île des pétrels, les derniers empereurs retardataires sont partis il y a peu. Les Adélie quant à eux sont dans un état d'excitation terrible. Il faut dire qu'ils ont de quoi faire, les poussins sont désormais énormes ! Les parents en ont souvent deux (car c'est une bonne année) et il faut nourrir tout ça à toute vitesse.

Les allers-retours des parents s'enchainent donc de manière frénétique. La nourriture ne doit pas être loin, nous avons vu beaucoup de poissons sous l'eau, et même du krill près de la glace. A chaque voyage, le parent doit traverser toute la manchotière et au passage, il se fait engueuler, bousculer, pincer, mordre par ses congénères à cran. Au passage, lui-même piétine d'autres manchots, parfois des poussins. Comme disent les spécialistes des manchots, le pire ennemi du manchot, c'est le... manchot. Ils se blessent en effet parfois à mort. Alors, pendant qu'un parent pêche l'autre veille au(x) poussin(s). Quand ils ne réclament pas à manger, ils font la sieste, souvent bras dessus, bras dessous avec le frère ou la soeur.

Mais comme ils sont gros et grands, donc plus forts, mais aussi plus avides de nourriture, on commence à voir des parents qui laissent leurs petits tout seuls et vont ensemble chercher à manger en mer. Les petits se rapprochent alors d'autres, et forment ce qu'on appelle des "crèches". Généralement un parent surveille. Ici une petite crèche de 4 poussins. Bientôt il y en aura qui réuniront près d'une dizaine de poussins.
Pierre

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Voilà... Pierre a quitté la base. L'adresse ddu/ipev n'est donc plus active. Bonne route à lui à bord de l'Astrolable !
Em.

mardi 19 janvier 2016

Dernière plongée aux grottes de glace

Voici venu le temps de la dernière plongée. Ensuite il nous faudra rincer tout notre matériel et attendre qu'il sèche. Cela prendra plusieurs jours. Tout doit être ensuite empaqueté avec le matériel de laboratoire, les échantillons etc.

Nous avons décidé avec Stéphane de retourner une dernière fois aux grottes de glace pour essayer de mieux documenter et échantillonner cette faune particulière. Moi je vise de nouveau ces petits mysidacés vus la dernière fois, notamment une espèce blanche très particulière dont je n'ai pu capturer qu'un seul exemplaire. Stéphane cherche à avoir de bonnes photos et d'autres échantillons de ces vers polynoïdés blancs dans la glace.

A l'entrée de la première grotte nous allumons nos lampes.

De nouveau, nous avançons dans cet univers de glace.
Tout au fond, plafond et plancher de glace se confondent, générant parfois de grands cristaux de contes de fées.
Il y a toujours beaucoup de poissons, de plusieurs espèces, des adultes et des bancs de juvéniles. Ils tapissent parfois la glace et ils sont tellement transparents que seuls leurs yeux les trahissent.

Les pycnogonides sont nombreux aussi. Celui-ci est parasité par une sangsue presque plus grande que lui. Elle se nourrit de son "sang" !
[Photos 1154039, 1154040, 1154055 et 1154057] Stéphane trouve son bonheur avec les "vers de glace". En fait il semble y avoir deux espèces différentes, celle que j'ai prise en photo la dernière fois, et celle-ci, qui à mon approche, sort de son "terrier" de glace, se dresse vers moi (pour me regarder ?) et s'enfuit en nageant !
Cet amphipode blanc semble aussi vivre dans la glace et sur la glace.
Nous sortons et ferons le même type d'exploration dans la seconde grotte, plus étroite et plus riche en mysidacés. Mon appareil photo me jouera de nouveau des tours, mais je réussirai quand même à recapturer cette espèce étrange que je recherchais. Nous sortons après plus d'une heure de plongée, satisfaits, nos objectifs accomplis.
Cette fois, c'est bien la fin de la mission qui s'annonce.
Pierre

Bientôt la fin

Le départ de la base s'approche. Pierre nous a réservé quelques articles encore… mais le voilà désormais très absorbé par les préparatifs de son voyage.

En attendant ses derniers posts, vous pouvez lire un article qui a été consacré à la mission Polaris. C'est un camarade italien, Jacopo Grazioli - spécialiste de la détection des flocons de neige par radar, qui l'a publié sur le blog de l'école polytechnique de Lausanne. Il est en ligne, ici.
Em.

lundi 18 janvier 2016

Le petit monde caché des grottes de glace

Après une quinzaine de plongées effectuées en Terre Adélie, et alors que les dernières se profilent à l'horizon, nous avons remarqué avec Stéphane que la vie sous-marine antarctique nous réserve le plus de surprises soit sous la glace, soit lorsque la glace vient juste de débâcler. Aussi, nous avons choisi de retourner plonger, Sylvain, Stéphane et moi à l'île Claude Bernard (le post ici) mais au niveau de la zone de contact entre l'île et les énormes blocs de glace charriés par le glacier de l'Astrolabe.

Nous sommes pilotés et assistés par Aurélie, écologue du programme Ico2Taks et Claire, de l'institut australien CSIRO. Il faut dire que nous ne pouvons absolument pas nous équiper tout seuls, il y a toujours un moment où nous avons besoin d'aide, pour fermer quelque chose, en ajuster une autre, boucler telle boucle... S'équiper est toujours long et pénible.

Photo Sylvain Castanet

Nous nous glissons dans l'eau en direction de la glace. Le chaos de blocs de glace observé en surface se poursuit sous l'eau. Sylvain parait alors tout petit. Parfois, la lumière du jour s'insinue entre les blocs.

Mais au niveau du contact entre la glace et la roche, souvent un espace plus ou moins vaste se déploie, ménageant des zones d'ombre. A l'entrée d'un de ces surplombs de glace, quelques grandes algues fantomatiques.
C'est en allant voir au fond de ces zones d'ombre que je découvre alors qu'elles se poursuivent parfois assez loin ! En rentrant petit à petit, précautionneusement, on s'aperçoit alors, qu'elles forment même de véritables tunnels dont les parois sont faites de glace ! On peut y entrer à plusieurs, le décor est fantastique.
Mais le plus surprenant c'est la vie qui se développe sur les parois de glace, mais parfois aussi dedans, ou entre les deux ! Les ophiures oranges, communes à l'extérieur sont tout à fait à l'aise sur la glace, de même que les juvéniles du poisson des glaces.
Les vers polynoïdés que nous étudions sont présents en quantité. Certains comme le géant Eulagisca uschakovi se déplacent sur la glace, quant à ce petit polynoïdé blanc, il semble stationné dans une sorte de loge. Nous n'avons pas idée de son identité...
Mais d'autres que nous avons souvent vus dans les crampons d'algues semblent à moitié pris dans la glace ! Certains même circulent sous la glace...
Cet environnement nous semble vraiment incroyable, et les espèces qui le peuplent, bien particulières. Souvent, en milieu tempéré, les grottes sous-marines sont peuplées d'essaims de petits crustacés rouges en forme de crevettes que l'on appelle mysidacés. Je me suis spécialisé dans ces mysidacés de grottes. Je suis en train d'y penser très fort en rentrant dans ce tunnel de glace, Sylvain et Stéphane derrière moi, quand tout à coup : ils sont là ! Des mysidacés ! Dans des grottes de glace...

Nous nous en mettons plein les yeux et échantillonnons ce que nous pouvons de cette diversité insoupçonnée. Nous réalisons aussi que nous n'avons plus froid, nos doigts ne sont plus engourdis, ils fonctionnent à merveille malgré les moufles épaisses, notre équipement n'est plus lourd, nous le maitrisons, nous pourrions rester ici des heures ! Le lieu et le moment sont magiques. Mais bien sûr il nous faut sortir. Près de la sortie, nous voyons les grandes algues familières en partie prises dans les parois de glace.
Comment survivent ces organismes des glaces ? Peuvent-ils réaliser tout leur cycle de vie emprisonnés entièrement ou partiellement dans la glace ? Circulent-ils de l'intérieur vers l'extérieur ? Nous ne le savons pas. Pas encore ! Nous sommes perplexes mais heureux. Vendredi, nous ferons notre dernière plongée ici.

Pierre





jeudi 14 janvier 2016

Un écho de Laurent Ballesta

Ce cliché est extrait du portrait de Laurent réalisé par le site Wild Touch (lien en fin de page)
Laurent Ballesta avait été le premier à s'aventurer sur Norsel. Voici la réponse qu'il vient de faire à Pierre.

"C'est de retour en métropole que je découvre le récit de votre
plongée à Norsel. Je suis vraiment heureux que la grotte repérée
pendant nos interminables paliers de décompression se soit avérée
intéressante d'un point de vue naturaliste (faut dire qu'aprés une
paire d'heures passées dans l'eau glacé, l'esprit est un brin enbrumé
et pourrait altérer un peu la pertinence de nos observations !) mais
apparemment, nous ne nous sommes pas trompés et c'est tant mieux : je
sais trop la lourdeur de ces plongées et j'aurais eu quelques remords
à vous avoir envoyés là-bas pour rien ! 


Effectivement, il me semblait qu'elle correspondait à une enclave facilement 
accessible du circalittoral profond. Pour moi une question demeure : les grottes 
sont rarissimes dans ces massifs de granit sur lesquels nous avons plongé
pendant prés de 50 jours, et je me demande quelle est l'origine de sa
formation. Cette fissure horizontale et traversante me parait fort
singulière. De plus elle semble liée à l'épaule de roche qui relie le
récif principal de Norsel au petit écueil situé à 20 m de distance
à l'Est… 


J'ai l'intuition que, peut-être, tout le sommet du récif
est comme un gros caillou simplement posé sur une remontée rocheuse
plus conséquente, un peu comme s'il s'agissait de l’effondrement sur
le côté d'une partie de l'ilot qui, initialement, culminait peut-être
20 m au dessus de l'eau... Norsel mérite bien d'autres plongées encore… ! 


Quant au récif "fantôme" situé hors carte et que vous avez
repéré depuis le ciel, j'avoue que je rêve déjà de l'explorer un
jour... Merci Pierre pour le tuyau ! 


En attendant je vous souhaite encore de belles plongées, riches en découverte. 
Je sais qu'elles sont toujours possibles dans ses eaux si peu fréquentées. 

A bientôt,
Laurent Ballesta"

L'aventure n'est pas finie, donc…
Em.

Retrouvez le portrait de Laurent sur le site Wild Touch : ici !